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Dans la boîte aux lettres de
Prepaclasse, ce message inquiet: "Ma collègue tire les oreilles
de ses élèves, d'autres collègues le savent mais ne disent rien. Pour
la plupart des parents, c'est une bonne maîtresse".
La découverte de ce type de
situation n'est pas agréable. Elle expose le témoin adulte surtout s'il
doit " mettre en cause " un collègue parfois ancien, chevronné, reconnu
et estimé des adultes…
C'est parfois un constat dont on
est soi même témoin :
- une scène dans un couloir lors d'un retour en classe
- un témoignage d'enfant mis en confidence qui vous raconte " comment
c'était l'année dernière chez Madame Untel… "
L'enseignant qui impose des
violences verbales ou physiques à sa classe dans la mesure où elles ne
dépassent pas certaines limites, parce qu'il se montre très exigeant,
peut de fait disposer d'un " crédit d'estime favorable " chez les
parents ou même chez le directeur qui dira que " sa classe tourne bien
" et " qu'avec madame Truc ou Monsieur Untel, il n'y a jamais de
problème de discipline ".
Ne rien céder à la
rumeur
Ne pas se taire si on est sûr
Les textes réglementaires comme les
lois relatives à la protection de l'enfance sont clairs, la violence
verbale et physique vis à vis des élèves n'est pas acceptable et
l'autorité d'un maître peut très bien se construire sans recourir à des
méthodes violentes. Porter la main sur un élève, tirer les oreilles ou
les cheveux, pincer, c'est interdit.
Ce que vous avez vu est peut-être un événement exceptionnel et limité
mais peut-être le début d'une dérive ou le révélateur d'autres
attitudes plus graves encore.
Voir à ce propos :
http://www.famille.gouv.fr/
le site du ministère de la famille
Différents modèles de gestion de
l'autorité existent. Voir également le lien entre la mise en place de
l'autorité et le modèle pédagogique : http://www.cndp.fr/revueVEI/beranger.htm
On connaît assez bien aujourd'hui
la stratégie à avoir en cas de problème lourd, grave et avéré mettant
en danger un ou des élèves… Cela passe par un signalement obligatoire
auprès de la Justice…mais cette " petite violence ordinaire " qui est
l'expression d'un autoritarisme marqué est peut-être la plus délicate à
traiter…
L'auteur de ces violences peut lui
même rencontrer des difficultés personnelles qui tendent à favoriser
une plus grande tolérance à son attitude. Mais cette tolérance ne doit
pas se faire à l'encontre de l'intérêt des élèves dont personne n'est
propriétaire.
Très limitée, cette violence reste
un sujet tabou. Il y a bien entendu risque aussi de voir accuser un
collègue qui aurait simplement le " verbe un peu haut ", attitude qui
cependant peut appeler à échanger entre maîtres responsables.
Par ailleurs, certains contextes
d'écoles peuvent favoriser ces dérives
: enseignants isolés dans des locaux éloignés les uns des autres,
équipe de maîtres peu soudée et peu animée par un directeur présent qui
rappelle les règles éthiques. L'impact de l'équipe de circonscription
peut jouer aussi. Si l'IEN est trop distant, certains maîtres peuvent
se sentir approuvés implicitement ou en tout cas laissés assez seuls
pour choisir de gérer la discipline à leur guise de manière très
coercitive…
Toute violence d'un maître s'exerce
dans un contexte souvent complexe…
La première stratégie
est de ne pas laisser les collègues seuls
et d'oser ouvrir le dialogue en amont. L'idéal est de faire pour que de
toutes façons, par l'ambiance générale et le climat de l'école, cela ne
puisse pas se produire, parce qu'aucun professionnel ne doit accepter
l'idée qu'une réponse violente puisse être concevable même dans un
climat détérioré.
Quelle stratégie adopter ?
- vous êtes témoin d'un fait, du type " la collègue tire les oreilles
d'un élève " dans le couloir…
Vous pouvez très bien, après la classe, en veillant à garder le calme
ouvrir le dialogue avec le collègue en demandant :
- Que s'est-il passé avec cet élève ?
Vous lui montrez ainsi que vous avez vu et compris qu'il
y avait problème.
Il se peut que le collègue avoue
avoir " craqué " et dise que c'est exceptionnel…
Invitez le alors au dialogue en professionnel, en lui disant bien que
vous n'en faites pas une affaire personnelle mais que " nous
n'avons pas le droit d'agir ainsi ". Il faut faire le point et
voir comment améliorer le climat de la classe. Montrez qu'il ne faut
pas que cet incident se reproduise pour l'élève d'abord.
Il peut être possible de proposer d'aider l'enseignant
en accueillant provisoirement un élève au comportement difficile autour
de tâches contractualisées.
Si le collègue n'est pas réceptif
et témoigne au contraire que les élèves lui sont insupportables ou
qu'il a le droit de gérer la discipline comme il l'entend et que les
parents en sont bien contents, il vous appartient de vous en ouvrir au
directeur.
Celui-ci doit avoir un entretien au
plus vite avec le collègue et si nécessaire doit à son tour s'en ouvrir
à l'IEN qui pourra le convoquer, dialoguer avec lui et si besoin
adresser au collègue un courrier d'avertissement transmis à
l'inspecteur d'académie.
Si vos élèves ont été
témoins avec vous
Selon l'ampleur du problème vous
réagirez de manière mesurée mais en montrant votre position :
- il y a eu un problème, j'en ai parlé au maître ou à la
maîtresse de… nous allons résoudre ce problème, il ne doit pas y avoir
de violence dans une école.
Il est important de
montrer aux élèves que les adultes agissent en conformité avec la loi.
Néanmoins, vous conserverez
votre devoir de réserve et en particulier vis à vis des familles que
vous renverrez vers le directeur.
Ne pas rester seul
Selon les cas il pourra être utile de vous en ouvrir :
- au conseiller pédagogique de la circonscription
- à l'inspecteur en sollicitant un entretien confidentiel
- au syndicat pour lui demander aide et conseil si vous sentez le
risque d'une mise en cause personnelle
- à l'assurance autonome
- veillez cependant à ne jamais vous exprimer publiquement ou risquer
d'être attaqué pour diffamation.
Si vous êtes témoin de faits avérés
et répétés qui ne suggèrent qu'indifférence, on ne vous reprochera pas
d'écrire par la voie hiérarchique à l'inspecteur, voire dans des cas
extrêmes à l'inspecteur d'académie ou au procureur.
Le dialogue quand même !
Il n'est pas rare toutefois, que le
dialogue puisse aider l'enseignant qui dérape à revenir à des pratiques
plus conformes.
Un entretien privé avec le directeur ou le conseiller pédagogique avec
si besoin un rappel à la Loi peut donner de bons résultats.
Il est intéressant également de
solliciter l'équipe de circonscription pour qu'elle propose des
animations sur les problèmes de gestion de l'autorité et la
présentation des textes législatifs.
C'est aussi en témoignant par votre
attitude que vous montrerez qu'on peut gérer son autorité dans le
respect absolu des personnes
Nous y reviendrons.
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