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Mon fils est
précoce !
Mon
fils guillaume est agé de 5 ans 1/2 est passe en CP à la rentrée.
Le médecin scolaire nous a demandé de faire passer un test de Q.I et
des tests de personnalité car il semble que mon enfant est le profil
d'un enfant précoce...
Pouvez vous m'orienter sur des établissements adaptés et spécialisés
pour détecter ces enfants, car en milieu scolaire normal il semble que
cela soit tabou...Dpt 91
Merci d'avance,
Une maman inquiéte...
Bonjour,
Les
médias se sont emparés de la question de la précocité désignée parfois
sous le terme de surdouance.
On décrit volontiers le comportement de l'élève précoce par des
réactions a-scolaires, des formes d'ennui...
On connaît aujourd'hui assez bien quelques indicateurs significatifs
qui peuvent laisser croire qu'il y a chez l'enfant de très grandes
capacités. Parfois il s'agit d'une maturité ou d'une avance
"ponctuelle" qui viendra se résorber (le terme n'est pas très beau)
quelques années plus tard, parfois il s'agit de très grandes
compétences sur le plan langagier ou sur la capacité de raisonnement.
Très souvent, il s'agit aussi d'enfants aux personnalités particulières
ou marquées, qui auront besoin de trouver "leur domaine
d'excellence"... Ce domaine n'est pas forcément celui de la norme ou de
l'élitisme républicain.
En cela, le précoce dérange car il n'est pas "dans le rang".
Il faut
le dire, l'influence de la Presse n'a pas eu que des aspects
bénéfiques. Parfois, des parents se sont persuadés que leur enfant
était "surdoué". Alternant stress et stimulation, ils ont pu placer
leur enfant dans une situation psychologique délicate.
Au delà,
certains s'appuient sur ces différences pour proner une vision
inégalitaire et élitiste de la société, proposant une école pour les
"surdoués" et une école pour "les autres"...
Il me
semble d'une part qu'il est capital que le précoce puisse rencontrer un
autre précoce mais aussi tous les autres enfants.
Par
ailleurs, tout enseignant doit faire le pari de l'intelligence chez
tous ses élèves. Autrement dit, je me suis toujours donné comme enjeu
d'aller chercher quel pouvait être le domaine d'excellence de chacun de
mes élèves en affirmant que chacun d'entre eux était à sa façon "un
surdoué qui s'ignore". Le tout est de trouver en quoi. C'est pour cette
raison en particulier que je défends farouchement la nécessité de
pratiquer tous les enseignements à l'école: artistiques, scientifiques,
l'histoire, la géographie, le sport... car c'est précisément dans ces
domaines que l'intelligence pourra aussi s'exprimer et que certains
élèves précoces (ou non) vont se révéler.
Bien
entendu, l'intelligence peut aussi se révéler dans des domaines plus
scolaires comme les mathématiques ou le français mais ce sont parfois
des domaines que l'élève précoce voit avec peu d'intérêt.
J'ai pu
avoir en classe à divers moments des élèves précoces: tel s'exprimait à
travers une connaissance de l'histoire ultra pointue, tel autre de
l'astronomie, tel autre s'était "révélé" à moi en hurlant littéralement
les solutions complètes de problèmes difficiles sans avoir à poser les
calculs ni rien écrire... lui même ne percevait pas que son
raisonnement était juste car son image de gamin de zep n'était pas
valorisée... l'important est de donner à chacun de ces élèves la
possibilité d'exprimer son talent, sans dramatiser, en valorisant, en
poussant le gamin à chercher plus loin quand on sent que c'est possible.
Comme
toute différence, celles qui témoignent de grandes capacités d'ordre
cognitif ont eu du mal à se faire accepter par l'Institution mais
depuis le rapport Delaubier et la circulaire Lang, le ministère a prévu
effectivement qu'il fallait que les écoles proposent une pédagogie
adaptée à ces élèves.
Le QI est
un indicateur mais il faut savoir qu'il est très contesté, en
particulier parce qu'il repose sur une approche fermée et par ailleurs
parce qu'il n'est pas indépendant des aspects culturels (en particulier
pour ce qui touche au langage).
Sa recherche, sa définition, tend parfois d'ailleurs à singulariser
d'avantage l'enfant.
Si l'on
comprend bien la souffrance d'une famille qui pense que son gamin ne
s'épanouit pas à l'école, il faut aussi comprendre la perplexité du
directeur ou d'une équipe de maîtres lorsqu'on vient leur dire tout de
go que le petit est "précoce" ou surdoué.
Le maître
commence par avoir peur d'être dépassé par l'élève... mais plus délicat
encore, il arrive aussi, qu'influencés par la littérature, les parents
croient fermement que l'élève est surdoué alors qu'il a simplement de
bonnes capacités... ou une différence psychologique.
Etre
précoce n'est pas une maladie. Il faut me semble-t-il chercher d'abord
à ce que le gamin puisse exprimer ses divers talents et progresser à
son rythme.
Une bonne solution se trouve dans le travail par cycles.
En effet,
lorsqu'une école primaire est organisée en cycle (loi de 89), chacun
peut progresser à son rythme.
Par exemple, on peut raccourcir le cycle ou l'allonger (cycle des
apprentissages fondamentaux ou approfondissements)... mais on peut
aussi se donner de la souplesse.
Si l'élève de grande section sait lire... il peut travailler sur des
activités de CP voir de CE1... mais s'il a besoin d'améliorer son
graphisme ou de développer son activité motrice... il doit pouvoir
travailler avec le groupe "GS".
L'émission
de France 5 "Les maternelles" avait invité un directeur d'école
lyonnaise travaillant ainsi. Chaque classe de l'école est étiquetée
"Cycle2" ou "Cycle 3" et rassemble des élèves des trois niveaux
d'âge... ainsi le précoce ou le moins doué s'y retrouvent !
Je pense
qu'il faut ouvrir calmement- le dialogue avec le directeur de l'école
et les enseignants, sans les mettre en doute a priori, sans générer
plus d'angoisse pour vous comme l'enfant...
Il faut
veiller à ne pas isoler celui-ci, lui offrir la possibilité de
s'exprimer : théâtre, écriture, musique, sport, relations diverses avec
des enfants y compris plus âgés que lui.
Il faut essayer de ne pas l'angoisser avec des attentes trop fortes à
propos de ses capacités. Il faut laisser au petit génie la possibilité
de rêver et jouer !
L'ennui
est souvent discrédité. Il est parfois problématique et peut-être
enfermant mais il invite aussi à réfléchir sur soi et le Monde (pensons
à Stendhal !). Le cerveau du précoce bouillonne souvent. Il se fatigue
à l'idée de devoir rendre des comptes systématiques. Ce qui nous fait
peur parfois c'est la liberté d'une intelligence qui nous dépasse.
Avec
l'école, il faut chercher à offrir à cet enfant (mais aux autres aussi
!) de la culture, des voyages, l'oxygène de la découverte des richesses
culturelles et scientifiques. Il faut accepter d'emblée un chemin qui
sera peut-être différent, marginal mais qui appartiendra à la personne.
Si l'on
comprend l'inquiétude parentale, il faut aussi, j'en ai la conviction
personnelle, que le parent puisse se montrer présent, attentif... mais
libre aussi dans sa propre vie, capable de valoriser l'intelligence de
l'enfant, de lui faire confiance, mais de ne pas confondre son propre
destin avec le sien, de ne pas faire peser sur le gamin ni sa propre
angoisse, ni ses ambitions personnelles parfois non réalisées...
Être
parent de précoce c'est peut-être devoir accepter plus vite que les
autres que l'enfant tracera son propre chemin !
Bon
courage !
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