Pour comprendre qui sont nos élèves
aujourd'hui, plusieurs entrées sont possibles :
- chaque année, le ministère de l'Education nationale français présente
sous l'intitulé
"repères et
références statistiques sur les enseignements la formation et la
recherche, un ensemble de données intéressantes :
http://www.education.gouv.fr/cid52821/les-eleves-du-premier-degre.html
On enregistre quelques tendances fortes en 2009 (citation du
Ministère de l'Education nationale français) :
les classes élémentaires voient leurs effectifs augmenter dans le
secteur public (+ 0,3 %) alors que dans le secteur privé, on constate
une stagnation. Les effectifs de l'enseignement relevant de
l’adaptation scolaire et de la scolarisation des enfants handicapés
(ASH) continuent de diminuer (- 4,8 % entre 2008 et 2009).
Pour ce qui est de la scolarité "non obligatoire" (avant 6 ans), les
effectifs de l’enseignement préélémentaire stagnent dans le secteur
public (soit - 0,02 %) alors que dans le secteur privé (- 0,7 %), on
constate une baisse
par rapport à l’année précédente.
La diminution du nombre d’écoliers
âgés de 2 ans est particulièrement forte (- 19,4 % dans le
secteur public et - 9,2 % dans le secteur privé).
120 200 élèves handicapés sont
scolarisés dans les écoles du premier degré, dont les deux tiers dans
une classe ordinaire.
Nous reviendrons par ailleurs sur les modalités de scolarisation de ces
élèves. La classe d'intégration est devenue (circulaire du 17 juillet
2009) la classe pour
l'inclusion
scolaire. L'usage du terme "inclusion" est important à noter.
Le nombre moyen d'élèves par classe est à comparer avec ceux des élèves
dans d'autres pays. Il est de
22,7
(source
INSEE .
La taille des clases ne serait pas déterminante de la réussite
des élèves si l'on en croit les évaluations internationales puisque
certains pays aux moyennes plus chargées réussissent mieux que nous.
Voir à cet égard le site
http://ecolesdifferentes.free.fr/TAILLECLASSE.htm
A contrario le chercheur Thomas Piketty avance
d'autres arguments.
Le débat existe par exemple également au
Canada.
Si les redoublements diminuent,
13.9%
d'élèves accusent un an de retard en classe de sixième. Parmi
eux,
31.4% sont des enfants de
parents "sans activité" contre 4.1% de cadres. Parmi les élèves
en retard les garçons sont plus nombreux.
15,5% des garçons contre 12.3% de
filles.
Les
évaluations nationales témoignent au delà
d'autres éléments de
l'hétérogénéité
des résultats des élèves donc des publics.
Cette hétérogénéité reste fortement
conditionnée par l'origine sociale des élèves et plus en France
que dans d'autres pays.
Brunaut Suchaut chercheur à l'Université de Bourgogne apporte son point
de vue sur la question de
l'hétérogénéité.
Elle est souvent perçue comme un frein aux apprentissages ce qu'infirme
la recherche.
Pour certains enseignants
elle se
serait accrue.
On pourrait y voir un effet de la massification de l'enseignement, mais
compte tenu de l'histoire de l'école, cette massification n'est pas
récente dans le premier degré.
On peut penser que
l'école d'hier
prenait moins en compte les disparités (les élèves étaient
orientés en filières dans le second degré et les parcours "courts"
étaient réservés aux plus faibles ou moins fortunés...) .
On peut penser avec l'évolution de la Société et le développement de
l'individualisation ou du consumérisme que
les manifestations de cette hétérogénéité
notamment en termes de relation au travail ou à l'autorité s'expriment
plus fortement... point à pondérer tant la littérature nous
montre que le "cancre chahuteur" n'est pas une apparition récente...
Peut-être faudrait-il croiser cette perception de l'hétérogénité vue
comme une difficulté liée avec le recrutement social des maîtres
eux-mêmes. Autrefois issus d'un vivier plutôt populaire, les nouveaux
enseignants sont issus plutôt de milieux favorisés et l'écart culturel
et social avec les élèves les plus défavorisés s'est accru. Dans un
contexte général de déclassification sociale, Les maîtres ne
constituent plus un modèle "d'élévation sociale" pour ces élèves, ils
éprouvent plus de difficulté à comprendre la culture des milieux
populaires.
Un autre point tient probablement au fait que malgré la mise en place
des cycles,
le modèle dominant dans
les esprits reste celui de la classe à un seul cours. Les
manuels sont édités pour un élève "moyen" ou "standard" qui n'existe en
réalité pas.
On observera en milieu rural mais aussi en ville, que le nombre de
classes à plusieurs "niveaux" ou cours est important.
Les évolutions de structures dans une école, font que prendre en charge
la classe à double niveau apparait souvent comme une contrainte, un
sacrifice pour le maître concerné et les parents sont parfois réticents
à ce que leur enfant fréquente une classe à double niveau.
La disparition progressive des classes uniques rurales a pu accroitre
implicitement la perception que le modèle de classe à "cours unique"
était le meilleur modèle possible.
La question est complexe.
Un autre effet de renforcement de cette perception d'une hétérogénité
accrue vient probablement de la mise en oeuvre de
la loi
n°2005-102 pour l'égalité des droits et des chances, la participation
et la citoyenneté des personnes handicapées qui a posé le principe du droit à
l'inscription de tous les élèves handicapés dans leur école de
référence. D'autres textes, études ou injonctions institutionnelles ont
souligné la nécessite de prendre en
compte les élèves à besoins éducatifs particuliers parmi
lesquels on pourra citer les élèves souffrant de dyslexie, de
dysphasie, les élèves intellectuellement précoces...
Ainsi, sur 23 élèves d'une classe - et cette réalité pouvant varier
fortement selon les contextes géographiques ou sociaux - un maître par
exemple de CE2 pourra-t-il compter 1 élève présentant un handicap
accompagné quelques heures d'un auxiliaire de vie, 1 élève précoce, 1
élève dyslexique, 1 enfant du voyage, 3 élèves ayant des difficultés
d'apprentissage, 1 élève bénéficiant d'un projet d'accompagnement
individuel ( cas médical particulier) etc. les difficultés pouvant se
croiser les unes aux autres et la réparatition statistique des élèves
ne répondant en rien aux moyennes, selon les contextes, telle ou telle
catégorie d'élève pourrait se trouver particulièrement représentée.
Enfin l'analyse des résultats des élèves peut montrer des profils
dysharmoniques ( le terme n'est pas pris ici dans sa dimension
psychologique), c'est à dire des élèves qui réussissent de manière
inégale selon les champs de compétences, parfois imprévisible...
La mise en place du socle
commun des connaissances et des compétences aujourd'hui exigible
pour tous, suppose la prise en compte
du parcours de chaque élève. Il
s'agit ici de passer de l'individualisation à la personnalisation.
Ces points importants doivent engager des réponses pédagogiques et une
réflexion collective.
Au delà il
apparait utile :
- de garder à l'esprit que des
besoins éducatifs particuliers vont normalement se manifester dans
toute classe
- de veiller à ne pas se fier à
de seules impressions liées à une première perception mais travailler à bien visualiser le profil de
la classe comme celui des élèves (en s'appuyant sur des évaluations).
- de prendre l'hétérogénéité
comme un fait plus qu'une fatalité
et tout en cherchant à atteindre les objectifs des programmes pour
chacun, ne pas confondre ces objectifs avec celui de créer un groupe
homogène. Une stratégie visant à tirer parti des différences, à
chercher en quoi l'inclusion d'un élève handicapé peut-être une chance
pour le groupe, tout comme la recherche de solutions pour aider le
petit dyslexique à mieux apprendre sera utile à cet élève mais peut
constituer également une aide pour d'autres enfants fragiles... tout
cela peut constituer comme autant de leviers ou comme autant de
"machines à questionner la pratique".
La diversité des besoins
des élèves est à relier à la diversité des cheminements intellectuels
pour apprendre. En prenant mieux en
compte ces différentes façons de faire, le maître se voit affecter la
rude tache de soulever les pierres (les obstacles cognitifs), d'aller à
la chasse aux implicites, de faire parler les essais de ses élèves,
essais qui ne sont pas des "fautes" mais bien les témoignages vivants
d'un cheminement intellectuel en construction et qu'il faut
accompagner...